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Interstellar, l’oeuvre épique de Nolan

On connaît de Christopher Nolan son goût pour emmener toujours plus loin le téléspectateur dans les turpitudes de son esprit cinématographique. Memento, Inception, le réalisateur a eu le don de repousser les limites scénaristiques et visuelles dans ses films en invitant à chaque fois son audience à utiliser sa tête plutôt que de rester passif devant un écran. Et si vous pensiez qu’il avait atteint le summum en termes de complexification dans l’écriture, c’était avant de mettre la main sur Interstellar.
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Oui, Interstellar est cérébral

J’avais une certaine appréhension en entendant certains retours et analyses concernant les premiers visionnages effectués sur le film. “Cérébral” était le mot qui revenait le plus souvent. Ce mot me faisait peur, non pas que ça m’emmerdait de devoir réfléchir devant un film, mais j’avais simplement peur de me trouver face à un long métrage “branlette intellectuelle”, utilisant à mauvais escient son background scénaristique en l’alourdissant de termes complexes et autres circonvolutions scénaristiques. Un peu comme cet enfoiré de hipster en bas de chez vous qui, sous couvert de pouvoir utiliser quelques mots compliqués trouvés ça et là dans le dictionnaire, penserait pouvoir vous faire des cours de physique quantique.
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Pour rappel, Interstellar se situe dans un futur pas si lointain et raconte l’histoire de Cooper (Matthew McConaughey), ex pilote de la NASA, désormais agriculteur sur une Terre qui se meurt petit à petit, les cultures étant ravagées par la sécheresse et autres parasites. Cooper et 3 autres astronautes vont donc être mandatés par la NASA afin de trouver une possible terre d’accueil dans une autre galaxie, à travers un fameux “Trou de Ver”.
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L’exploration spatiale à la sauce Nolan, mon dieu, ça va être génial ! Ce cher Christopher va encore nous entraîner avec lui dans ses réflexions “philosopho-physiques” et nous proposer un contenu, certes très conséquent, mais logique dans sa construction et ses ramifications sûrement nombreuses !

Et bien… Oui, OUI ! D’aucuns trouveraient à redire sur les quelques “mini” aberrations scientifiques que proposent le film, et vont lancer des débats en compagnie de physiciens, scientifiques, sur la faisabilité et la potentielle véracité d’un tel scénario, mais le fait est que le film propose un contenu scientifique tangible (on reste tout de même dans de la science-FICTION), pour un tant soit peu que l’on suive correctement le long-métrage de bout en bout en étant vraiment attentif, sans avoir étudié forcément, par exemple, la physique quantique. Bien entendu, un certain de nombre de personnes – je me mets dedans – ne pigeront walou à quelques concepts ou termes d’astrophysique, mais le film est compréhensible et Nolan ne se contente pas de balancer des termes à la con pour faire joli. D’ailleurs, Kip Thorne, physicien et théoricien connu pour son travail sur les Trous Noirs fait partie de la production du film et a grandement aidé Nolan pour le scénario d’Interstellar.
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L’histoire est donc cohérente et nous tient en haleine pendant ces 2h49, s’appliquant formidablement bien à cette odyssée spatiale, mais aussi en travaillant magnifiquement les personnages, notamment la relation père-fille qu’entretient Cooper avec la jeune Murphy (Mackenzie Foy), qui en a sûrement ému plus d’un dans la salle où je me trouvais. Car c’est aussi ça Interstellar, un travail conséquent a également été réalisé sur les protagonistes de l’histoire pour ne pas en faire de simples “pantins” dédiés à cette conquête d’une terre d’accueil, mais des personnes dont les émotions, notamment l’amour, ont un fort impact sur les tenants et aboutissants du scénario.
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Un bon scénar, c’est bien, autant faut-il savoir le raconter.

Une beauté visuelle à couper le souffle

Nolan nous a souvent habitué à de longs métrages dont l’esthétique et les trouvailles visuelles nous en mettaient plein les yeux. Inception ou sa trilogie des Batman sont des films magnifiques visuellement parlant. Interstellar ne déroge pas à la règle et propose des environnements esthétiquement incroyables, notamment pour les plans dans l’espace où l’on peut voir Saturne ou le Trou de Ver.
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Mais le film ne se contente pas de proposer des plans contemplatifs. Dans sa démarche de coller au maximum à un réalisme absolu, le réalisateur s’est acharné à présenter, par exemple, l’intérieur des modules spatiaux dans l’état dans lequel ils seraient censés se trouver dans ce futur pas si lointain. On voit des traces de rouille, rien n’est lisse, le réalisateur a voulu montrer que, bien que la station possède des installations “avancées”, celles-ci n’ont pas été utilisées depuis un bail où n’ont pas pu être réhabilitées correctement, faute de moyen de la part de la NASA. Encore une fois, pour suivre de façon cohérente l’histoire.
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Et s’il n’y avait que ça, les mondes visités fourmillent d’idées géniales que je vous laisserai découvrir par vous-mêmes. Il faut savoir que pour ce film, Christopher Nolan s’est totalement passé de fond vert ! Pour les scènes spatiales, par exemple, les effets visuels de l’espace, des étoiles, des planètes, étaient tournées auparavant, puis diffusées dans un gigantesque studio. Les acteurs – à l’intérieur de maquettes de vaisseaux grandeur nature montés sur un système hydraulique – étaient alors placés dans ce studio qui diffusait les images qu’ils pouvaient RÉELLEMENT voir à travers les hublots et vitres de l’engin “spatial”. A l’opposé total d’un système de fond vert qui inclue de réaliser les effets spéciaux numériques en post-production.
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Comme évoqué le paragraphe précédent, le film n’est pas seulement “beau” mais utilise sa matière graphique pour accentuer la cohérence du scénario. Oui, la station spatiale est représentée en un cercle jointant plusieurs modules. Ce n’est pas seulement pour faire joli, proposer une “beauté symétrique”, mais cela a surtout un but. Idem pour le Trou Noir dont la forme sert aussi un but spécifique. Que dire de cette excellente idée de représenter ces robots sous cette forme si spécifique mais ô combien intéressante scénaristiquement parlant, alors que la tendance actuelle de la robotique serait de proposer des “être mécaniques” au look de plus en plus humanoïde.
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Il y a tellement à dire sur l’esthétique d’Insterstellar, mais je peux pas me permettre d’en dire plus, risquant de vous dévoiler des pans entiers de l’histoire. A noter que Christopher Nolan est encore un des rares défenseurs de l’argentique et Interstellar a été tourné sur pellicule (70 et 35 mm), non pas en numérique. Ce format donne un certain grain à l’image et la rend plus lumineuse. Si vous voulez profiter pleinement de cette expérience, il vous faudra trouver un cinéma utilisant encore des bobines IMAX 70mm (peu de cinémas en France utilisent encore ce format).

Mais qu’est ce qu’il y a à jeter ?

Scénario, réalisation, esthétisme… Interstellar tape déjà dans le haut du panier. Mais que dire de la bande originale composée par Hans Zimmer. A la fois douce, puissante, grandiose, cette bande originale ajoute un caractère épique et émouvant, vous faisant écarquiller les yeux, les oreilles, accélérant votre rythme cardiaque pour vous embarquer dans cette aventure spatiale magnifique. Bien entendu, vivre la chose dans une salle de cinéma n’en sera que plus impressionnant, mais, même lors de sa future sortie Blu-Ray et DVD, je suis sûr que ces musiques sur votre “petit” écran conserveront leurs impacts émotionnels (et oui, avec une installation sonore adéquate, ce sera encore mieux).
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Le casting 3 étoiles clôt définitivement l’excellence de film. Matthew McConaughey, à l’inverse d’un True Detective ou Dallas Buyers Club par exemple, trouve ici un rôle plus “terre à terre” (LAUL) mais en jouant toujours avec une justesse incroyable, avec son fameux accent Texan à couper au couteau (VO sans sous titres, oubliez). Je vous parlais plus haut de la petite Mackenzie Foy qui, dans le rôle de la fille de Cooper, entretient une relation fusionnelle avec son père. Cette relation père-fille est incroyablement émouvante et c’est aussi grâce à la performance de Foy qui, c’est assez rare pour le souligner, est loin des stéréotypes des gamins acteurs insupportables et jouant comme des courgettes (j’avais plus de patates).
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On retrouve les habitués de Nolan comme Anne Hataway (Amelia Brand) et Michael Caine (Pr Brand), toujours impeccables. Globalement, les acteurs sont tous très bons, on regrettera cependant le rôle quasi dispensable de Casey Affleck, qui est en plus loin d’être parfait.
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Et bien, qu’y a-t-il à jeter dans Interstellar ? Rien, quasiment rien. Peut-être quelques incongruités scénaristiques et logiques, mais peut-on parler de logique scientifique dans un film de science-fiction ? N’est-ce pas là le but même de ce genre de film, proposer un futur hypothétiquement possible, peu importe les limites de la science actuelle ? Et quand bien même on pourrait remettre cause certaines incohérences dans la logique même que propose le film, ce serait vraiment pinailler. Car à ce niveau, je ne parlerais pas d’incohérences mais de spéculations laissées à la portée du téléspectateur. Car, rappelez-vous, Nolan n’est pas là pour distribuer du contenu popcorn à une bande de feignasses avec un temps de cerveau disponible pour recevoir effets spéciaux, explosions, héros qui emballe la “gonvaiffe” et explosions again.

Oui, Interstellar est, pour moi, la masterpiece de Nolan, son projet le plus fou mais aussi le plus abouti. Le réalisateur sort une fois de plus l’artillerie lourde et propose un film de S-F intelligent et remarquable en tout point de vue. Jamais un film ne m’aura autant secoué, questionné et c’est bien cela le plus génial. Discuter des théories et questions fournies par le long-métrage est sûrement une des plus belles récompenses qu’Interstellar pourrait recevoir. Nolan n’en demandait pas tant.

Interstellar est en salles depuis le 5 Novembre.

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Un commentaire
  • darklinux
    7 novembre 2014 at 16 h 53 min
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    Je ne peux qu ‘ être d ‘ accord

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