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Snowpiercer, l’arche ferroviaire de Bong Joon-ho

Snowpiercer ou le renouveau de la science-fiction hollywoodienne

Avant d’être un film, Snowpiercer est une bande-dessinée française parue en 1982 sous le titre Le Transperceneige. Ne conservant de l’œuvre originale que le postulat de base (un train tourne sans fin autour d’une terre dévastée par une nouvelle ère glacière, avec à son bord les derniers survivants de l’humanité), le réalisateur coréen Bong Joon-ho se réapproprie l’univers de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette – les auteurs originaux – pour en tirer l’un des longs métrages de science-fiction les plus réussis de ces dernières années.

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Snowpiercer nous raconte l’histoire de Curtis, meneur malgré lui d’une rébellion qui va le mener de la queue du train (où sont entassés les plus démunis) à la locomotive, où se trouve le concepteur du train, sauveur et geôlier déifié de l’humanité. Au cours de ce périple, ce qui n’était au départ qu’une révolte contre la hiérarchie du Transperceneige va se transformer progressivement en immersion dans la psyché des survivants, du plus humble au plus nanti. Au fil des révélations, la frontière entre oppresseurs et opprimés va se brouiller, pour finalement renvoyer tous le monde dos-à-dos et mettre chacun face aux choix imposés par sa propre survie.

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Visuellement, Snowpiercer démontre sans ambiguïté le talent de narrateur visuel de Bong Joon-ho. Des wagons crasseux de la queue aux voitures cossues de la tête, en passant par les serres et l’aquarium, le réalisateur coréen a apporté un soin tout particulier à ses décors qui rendent parfaitement le confinement constitué par les couloirs d’un train. Tout comme les personnages, le spectateur finit totalement oppressé par un sentiment constant de claustrophobie qui ne laisse aucun répit, alors même que l’action semble se ralentir : bien que garant de sa survie, le Transperceneige est la prison de l’humanité dans son ensemble.

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Niveau distribution, Snowpiercer est porté par des acteurs qu’on n’attendait pas forcément dans ce registre, Chris Evans en tête. Cantonné à des rôles sans trop de profondeur dans des superproductions hollywoodiennes (comme Captain America : The Winter Soldier), son interprétation de Curtis, anti-héros complexe et torturé aux antipodes de ses personnages habituels, surprend par sa justesse et sa subtilité. Tilda Swinton est également remarquable dans le rôle de Mason, « voix » du créateur du train veule et méprisante qui n’hésite pas à trahir son maître quand sa survie est en jeu.

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Par ses thématiques puissantes au traitement ingénieux, sa réalisation intimement liée au propos et ses acteurs inspirés, Snowpiercer prouve de manière éclatante qu’il est possible de faire de la science-fiction intelligente avec les dollars d’Hollywood, sans tomber dans le superficiel ou le pompeux. Le film de Bong Joon-ho réussit d’ailleurs à éclipser sans peine Matrix Reloaded, avec lequel il partage de nombreux thèmes mais sans la grandiloquence qui ternit la trilogie des Wachowski. Si le final optimiste, en décalage avec la tonalité générale du film, peut sembler incongru voire inapproprié, il ne pèse définitivement pas bien lourd face aux immenses qualités de Snowpiercer.

 

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2 Commentaires sur cet article
  • Antoine
    29 avril 2014 at 11 h 17 min
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    Et … ?

    Je reste un peu sur ma faim avec cette critique un peu rapide.
    La BD est génial, le film était promoteur, tout n’est pas à jeter mais surtout je n’irai pas jusqu’à affirmer qu’il s’agit d’un des longs métrages de science-fiction les plus réussis de ces dernières années (surtout en n’ayant que 10 lignes pour le démontrer).

    Les wagons sont beaux, les acteurs sont plutôt bien mais … mais lors du parcours du train il semble qu’il y ai 10 fois plus de personnes dans les beaux wagons que dans la tête du train (ce qui remet en cause l’intérêt d’une sous-classe), différents éléments proviennent de la tête du train (des oeufs?) … on les croise où les poules, tous ces gens dorment où? etc…

    Si pour faire de la super SF il suffit d’un univers sombre, de venir de la BD, d’avoir un aspect réfléchi mais un pointe de violence et un discours du grand méchant à la fin, alors c’est un super film … mais pour moi Snowpiercer restera un film sympa (loin d’une révolution).

    • Kakita Somy
      29 avril 2014 at 14 h 18 min
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      Merci pour ton commentaire éclairé. L’article n’avait pas pour vocation d’être une analyse complète mais de donner envie de découvrir ce que je considère comme un chef d’œuvre. N’ayant pas lu la bande-dessinée, je ne peux m’exprimer à ce sujet sauf sur la seule chose dont je soit sûr, à savoir que le film n’a plus qu’un lointain rapport avec. Quant aux ellipses, elles sont malheureusement inévitables dans le sens où le choix a été fait de privilégier les personnages et non la machine dans la narration (le film, à tout vouloir expliquer, aurait perdu en rythme à mon humble avis). J’espère que ces éclaircissement sur l’article et son contenu t’ont permis de mieux saisir mes intentions.

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